Le Groupe Gifi se Positionne pour Racheter les Enseignes Tati

L’enseigne Tati à Barbès, un magasin symbole de ce quartier parisien./AFP

Philippe Ginestet, l’entrepreneur originaire de Villeneuve-sur-Lot et patron de Gifi, a formulé une offre globale hier pour reprendre l’enseigne de textile Tati.

«Tati est une opportunité industrielle et, avant tout, humaine», affirme Philippe Ginestet, fondateur et propriétaire de Gifi. Le patron lot-et-garonnais a formulé hier une offre de 70 millions d’euros pour racheter la célèbre enseigne au Vichy rose. Mardi, il avait été reçu par la ministre du Travail, Myriam El Khomri, pour valider sa démarche.

Créée par Jules Ouaki en 1948, Tati, spécialisée dans la vente de textile à prix discount, a été mise en vente en février par Eram, son propriétaire. Pionnier du discount textile en France, la firme était en perte de vitesse depuis la crise de 2008. L’entreprise n’avait cependant pas de dettes bancaires car sa créance avait été effacée par son actionnaire. Elle avait néanmoins déjà fait l’objet d’un mandat de vente en 2015, sans succès. Depuis sa mise en vente en février, Tati est suspendu au compte à rebours du dépôt de bilan prévu début mai. Dans ses 140 magasins en France, les 1720 salariés espéraient un repreneur.

Redevenir rentable

Hier, l’entrepreneur de Villeneuve-sur-Lot a effectué une offre de rachat globale comprenant la reprise 100 magasins, dont le vaisseau amiral de Barbès, ainsi que 1 200 salariés. En investissant, 70 millions d’euros, il se donne ainsi deux ans pour que l’enseigne redevienne rentable. Pour cela, il entend «apporter à Tati sa parfaite maîtrise des emplacements commerciaux et sa dynamique commerciale».

Pour Gifi, spécialisé dans la décoration à petit prix, cette reprise s’inscrit dans «une suite logique», comme le confie Philippe Ginestet (lire interview).

Il consoliderait ainsi sa position d’acteur majeur de la distribution discount et réaliserait aussi «la volonté de s’implanter en centre-ville».

Toutefois, l’entrepreneur autodidacte de Villeneuve-sur-Lot risque d’avoir de la concurrence sur ce dossier. Un consortium composé de la Foir’Fouille, Centrakor et Stokomani, est également sur les rangs. Il souhaite faire main basse non seulement sur Tati, mais aussi sur les chaînes Fabio Lucci et Giga Store qui composent avec Tati le groupe Agora, filiale discount d’ Eram. Cet ensemble comprend au total 140 magasins et 1 720 salariés.

En 2016, Agora a enregistré un excédent brut d’exploitation négatif à hauteur de 65 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 350 millions.

Pour Philippe Ginestet, il n’y a plus de temps à perdre pour «redynamiser l’enseigne et ses équipes dans un avenir serein».


Philippe Ginestet, self-made-man

Entrepreneur autodidacte, Philippe Ginestet, 63 ans, a forgé sa fibre commerçante sur les marchés avant d’ouvrir en 1981 sont premier point de vente Gifi à Villeneuve-sur-Lot. Le début d’une véritable succes-story qui dure depuis 36 ans. Son réseau de distribution compte désormais 534 magasins où travaillent 6 200

salariés. En 2016, Philippe Ginestet était classé 166e fortune française par le magazine «Challenges». Pas étonnant quand on sait que Gifi engrange un chiffre d’affaires d’1,2 milliard annuel.


Philippe Ginestet, Fondateur et propriétaire de l’enseigne Gifi

«Mon offre rassurera les salariés de Tati»

Après la décoration à prix discount avec Gifi, le textile à petit prix avec la probable reprise de Tati ?

Oui, c’est une suite logique. Mon objectif pour 2027, c’est d’avoir 1 000 magasins et 10 000 collaborateurs. Cette offre de reprise s’inscrit dans cette perspective que je ne peux atteindre qu’en réalisant des opérations de croissance externe. Tati représente une activité intéressante et complémentaire pour le groupe. Car, Tati c’est 60 % de textile, une chaîne différente de Gifi. C’est à la fois une opportunité industrielle et, avant tout, humaine.

Quelle est votre offre de reprise ?

Nous avons prévu d’investir jusqu’à 70 millions d’euros de moyen économique et stratégique. Notre offre est une offre globale qui comprend la centrale d’achat, les 110 magasins avec l’international. C’est un plan d’investissement soutenu sur deux ans qui permettra à certaines entreprises de repasser dans le vert.

Votre projet prévoit de reprendre les 1 200 salariés de Tati ?

Oui, notre offre prévoit la reprise de 1 200 salariés sur 1 290. La différence se fait au siège car il gérait plus de 200 magasins. Mais à l’avenir, il y en aura moitié moins (110). Du moins dans un premier temps. Autrement, sur l’ensemble des magasins repris, nous reprenons 100 % des effectifs. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les salariés. De toute façon, si on avait dû faire autrement, je n’aurai pas fait de proposition. Je comprends leur inquiétude et j’espère que mon offre les rassurera.

Avez-vous de la marge sur vos concurrents à la reprise ?

Je ne connais pas les offres de mes concurrents. Mais d’après ce que j’ai compris c’est qu’il s’agit d’offres à la découpe, sans la centrale d’achat.

Savez-vous dans quels délais votre offre recevra-t-elle une réponse ?

Je n’en ai aucune maîtrise, mais ce qui est certain c’est que le plus rapidement sera le mieux pour l’entreprise.

www.ladepeche.fr

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